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Comment le canon a-t-il été établi?

Depuis le 4e siècle, les chrétiens emploient le terme de canon (d’un mot grec désignant un bâton pour mesurer, puis, au sens figuré, une règle) pour désigner la liste des textes reconnus comme faisant autorité dans l’Eglise, comme règle de foi et de vie.

L’Ancien Testament

Les manuscrits complets de l’Ancien Testament hébreu ou grec donnent des indications sur les contours des livres normatifs. En prenant les textes communs aux deux langues, on obtient une liste de 39 livres.
Y a-t-il eu, à un moment donné, une rencontre officielle pour fixer cette liste?

On a émis l’hypothèse qu’un synode interne au judaïsme s’était tenu à la fin du 1er siècle de notre ère à Jamnia, siège d’un centre d’étude de la loi, mais ce n’est rien de plus qu’une hypothèse. Les écrits rabbiniques de l’époque montrent que cinq livres étaient l’objet de discussions: Ezéchiel (à cause de différences entre les éléments du temple dont il parle et ceux du tabernacle), les Proverbes (à cause de contradictions apparentes), l’Ecclésiaste (dont la sagesse paraissait trop humaine), le Cantique des cantiques (aux propos jugés érotiques) et Esther (duquel le nom de Dieu est absent).

Plusieurs témoignages précisent l’existence de 22 livres canoniques (même nombre que le nombre de lettres de l’alphabet hébreu). On paraît loin des 39 livres reconnus par les catholiques et les protestants, mais c’est dû au regroupement, dans ces décomptes, de livres habituellement séparés: les douze petits prophètes ensemble, les livres doubles de Samuel, de Rois et des Chroniques, ou encore Jérémie et les Lamentations. Le prologue du Siracide, au 2e siècle av. J.-C., mentionne déjà la division tripartite de l’Ancien Testament: loi, prophètes, écrits.

De son côté, le Nouveau Testament mentionne lui aussi à plusieurs reprises la division tripartite de l’Ancien Testament propre au texte hébreu, et il cite fréquemment des extraits de ces textes en leur reconnaissant une pleine autorité.

Les apocryphes ou deutérocanoniques

L’Ancien Testament compte 39 livres reconnus par les juifs, les catholiques et les protestants. Cependant, les catholiques en comptent 8 de plus. Ils les appellent deutérocanoniques (car acceptés plus tard dans le canon), tandis que les protestants les qualifient d’apocryphes («cachés»). Ce sont des textes qui apparaissent, en nombre variable selon les codex, dans la traduction grecque de l’Ancien Testament, la Septante, puis dans la traduction latine, alors qu’ils sont absents du texte hébreu. Ils ont du reste été écrits directement en grec pour la plupart et sont postérieurs au 5e siècle av. J.-C.

C’est la quatrième session du concile de Trente, le 8 avril 1546, qui les a déclarés canoniques, cent ans après une première affirmation dans ce sens au concile de Florence (1441).
La coïncidence des dates n’est pas fortuite: le concile de Trente s’est réuni après les débuts de la Réforme, le mouvement initié par Martin Luther qui allait donner naissance au protestantisme. Or, les Réformateurs mettaient en cause plusieurs enseignements de l’Eglise catholique en arguant du fait qu’ils n’étaient pas bibliques (purgatoire, prières pour les morts et des morts). La hiérarchie ecclésiastique pouvait appuyer ces mêmes enseignements sur des livres apocryphes, d’où l’intérêt de les déclarer canoniques. Vingt ans après, le terme de «deutérocanonique» était forgé par Sixte de Sienne.

Le Nouveau Testament

A l’inverse de ce qui se passe pour l’Ancien Testament, on ne trouve pas dans le Nouveau Testament de livres supplémentaires en fonction des éditions de la Bible. Comme Jean Calvin le relevait, il n’y a jamais eu de concile œcuménique qui ait défini le canon avant le concile de Trente, déjà mentionné. Le concile de Carthage, en 397, avait bien publié une liste, mais c’était un concile local. Toutefois, dès le 2e siècle, on trouve, dans les écrits des Pères de l’Eglise, la reconnaissance de l’autorité de textes présents dans le canon actuel, et les lettres de Paul circulaient déjà en tant que corpus.