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Le 7e siècle

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La menace islamique

C’est au tour de l’Orient de connaître l’épreuve des invasions. Perses, Avars, Slaves et Arabes déferlent sur l’Empire, qui ressortira amoindri de ces événements. Amoindri, mais bien vivant. Alors que l’avenir de la chrétienté occidentale reste très incertain, le christianisme oriental, une fois la menace passée, approfondit son originalité.

En cette année 678, la chrétienté orientale a bien failli basculer dans le néant. Affaibli par les invasions successives des Perses, des Avars et des Slaves dans la première moitié du VIIe siècle, l’Empire a dû livrer à cette date une bataille décisive contre les Arabes qui, mus par une nouvelle identité religieuse et politique, avaient commencé leurs conquêtes dans les années 630. Depuis 674, ils assiègent Constantinople, capitale de l’Empire. Mais les armées de l’empereur Constant IV viennent à bout de l’envahisseur en 678.
L’Empire en ressort encore plus affaibli politiquement. Il a perdu de nombreux territoires. Pourtant, alors que l’avenir du christianisme occidental est des plus incertains, la chrétienté orientale reste, elle, bien vivante. Malgré les invasions, le pôle du christianisme se trouve toujours en Orient. Quoi qu’en disent les Occidentaux, qui ont beau jeu de mépriser ce qu’ils considèrent comme des «querelles byzantines», il faut reconnaître que les débats théologiques continuent à y trouver un terrain fertile. A bien des égards, ce VIIe siècle s’est avéré crucial pour le développement du christianisme oriental.

En août 626 déjà, Constantinople subit un des plus graves assauts de son histoire. Les Perses et les Avars mènent un siège simultané de la ville. Les premiers sont partis à la conquête de l’Empire en 602 et ont envahi la Syrie, l’Arménie, la Palestine, l’Asie Mineure et l’Egypte. Simultanément, les Avars ont ravagé les Balkans – région sur laquelle se sont aussi acharnés les Slaves – avant de se retrouver aux portes de Constantinople. Une ambiance de fin du monde règne alors dans l’Empire. Pour repousser les envahisseurs, le patriarche de Constantinople place des images de la Vierge à l’enfant aux portes occidentales de la ville et fait le tour des remparts avec une icône du Christ. Et le miracle se produit: les envahisseurs lèvent le siège. D’où les progrès du culte marial dans l’orthodoxie naissante.

En 628, l’armée de l’empereur Héraclius défait les Perses à Ninive. L’Empire, qui a reconquis les provinces impériales d’Asie et d’Afrique, respire, mais pour peu de temps. En 622, précisément l’année où l’empereur Héraclius commence à préparer sa contre-offensive, s’ouvre la nouvelle ère islamique de l’Hégire. Un jeune prophète appelé Mahomet s’enfuit à Médine et réussit à unifier les Arabes politiquement et religieusement, en leur faisant part de la révélation qu’il a reçue de Dieu et en proclamant universelle la religion qui en découle. Douze ans après, les Arabes partent à la conquête du monde. Après avoir envahi la Syrie, ils s’attaquent à la Palestine. Jérusalem, qui avait déjà subi le joug des Perses en 614, est prise en 638. Puis c’est au tour de la Mésopotamie, de l’Arménie et de l’Egypte de tomber entre leurs mains.

A l’issue des invasions, une nouvelle géographie politique et ecclésiastique se met en place. L’Empire a perdu de nombreux territoires. Les sièges patriarcaux d’Alexandrie, de Jérusalem et d’Antioche se trouvent désormais en terre d’islam et sont coupés de Constantinople. Cette situation accroît le pouvoir du patriarche de la capitale de l’Empire, qui devient le chef incontesté de la chrétienté orientale. Le fossé entre Rome et Constantinople continue à se creuser. L’occupation des Balkans par les Slaves païens y contribue largement. Toutefois, Rome dépend toujours juridiquement de l’Empire.

La crise majeure que vit l’Empire byzantin au VIIe siècle n’empêche pas l’activité théologique de se poursuivre. La querelle christologique prend de nouveaux contours. Convaincu que l’unité de l’Empire passe par l’unification religieuse, l’empereur Héraclius (610-641) tente, comme ses prédécesseurs du VIe siècle, de réduire l’écart entre chalcédoniens et monophysites et de refaire l’unité de l’Eglise orientale pour mieux affronter la menace perse. Au cœur des débats: l’activité et la volonté du Christ.

Tout commence lorsque Sergios, le patriarche de Constantinople, écrit à certaines communautés monophysites pour les amener à reconnaître dans le Christ l’existence de deux natures, mais d’une seule force active. C’est la doctrine du «monoénergisme». Le pape Honorius lui donne son appui. Le moine Sophronios, qui deviendra peu après patriarche de Jérusalem, et le théologien Maxime le Confesseur s’opposent à cette théorie: pour eux, il y a deux activités distinctes dans le Christ, qui correspondent à ses deux natures, humaine et divine, et qui coopèrent «dans l’unité du Christ agissant».

Sergios refuse cette conception. En 638, il appose sur les murs du narthex de Sainte-Sophie un décret sur la foi appelé l’Ekthésis. Ce décret interdit de continuer à examiner la question des activités du Christ. Il confirme la doctrine du monoénergisme, et prépare en même temps le terrain à une nouvelle théorie, le «monothélisme», en préconisant de parler, en Christ, d’une unique volonté.

La polémique rebondit après la mort des principaux acteurs de la crise du monoénergisme. Cette doctrine était censée refaire l’unité de l’Eglise d’Orient, mais ce fut un échec sur toute la ligne. Le prolongement du monoénergisme dans le monothélisme va ouvrir la porte à une nouvelle querelle, entre Rome et Constantinople cette fois. Pyrrhos, le nouveau patriarche de Constantinople, fait approuver l’Ekthésis par un synode et exige l’adhésion à cette profession de foi. Un impératif qui crispe les camps en présence.

Paul succède à Pyrrhos. Le pape Théodore, contrairement à Honorius, n’approuve pas le monoénergisme et réfute le monothélisme. Il excommunie donc Paul en 643. Ce qui n’empêche pas ce dernier de participer en 648 à la publication par l’empereur Constant II d’un nouvel édit sur la foi, le Typos, qui interdit toute discussion sur les volontés et les forces actives à l’œuvre dans le Christ. Le pape Martin Ier, qui a succédé à Théodore, réunit un concile au Latran en octobre 649. La doctrine monothéliste y est condamnée, ce qui provoque la fureur de l’empereur Constant II. Ce dernier fait enlever le pape Martin, qui est traduit en justice à Constantinople puis exilé. La crise entre Rome et Constantinople s’envenime.

Ce contentieux ne sera résolu qu’en 681, à l’issue du 6e Concile œcuménique réuni à Constantinople à l’initiative de l’empereur Constant IV, victorieux de l’islam. Ouvert le 7 novembre 680 dans le palais impérial, le concile anathématise les acteurs des crises du monoénergisme et du monothélisme. Il développe les définitions du concile de Chalcédoine: il y a bien deux volontés dans le Christ, mais l’humaine se soumet à la divine.

Tout au long du VIIe siècle, l’originalité byzantine continue à s’affirmer. A Constantinople, le latin est progressivement abandonné au profit du grec. Le concile dit in Trullo (691-692) définit de nouvelles règles pour les ecclésiastiques. Tout comme le VIe, le VIIe siècle voit le prodigieux essor des images se poursuivre. Les icônes acquièrent un rôle majeur dans la piété byzantine. A tel point que la concorde entre Rome et Constantinople sera brisée par la crise iconoclaste qui débute au VIIIe siècle.

Qu’en est-il du christianisme occidental au VIIe siècle? Retenons trois choses. Dans les contrées soumises aux rois barbares, des Eglises se constituent. D’autre part, l’Occident voit arriver une «invasion» monastique venue des pays celtiques, notamment d’Irlande. Ces moines vont contribuer au renouvellement de la culture monastique d’Occident. Enfin, la papauté s’avère faible et relativement impuissante durant cette période. Ce n’est qu’au XIe siècle qu’elle commencera à acquérir le prestige et la puissance que nous lui connaissons aujourd’hui.

Par Patricia Briel, www.letemps.ch

Dates jalon

603-628 Guerre de Perse
604 Mort du pape Grégoire Ier
610 Héraclius empereur d’Orient
614 Prise de Jérusalem par les Perses
622 Mahomet quitte La Mecque pour Médine. Début de l’Hégire et naissance de l’islam
626 Constantinople assiégée
632 Mort de Mahomet
637-641 Les Arabes conquièrent la Perse
638 Prise de Jérusalem par les Arabes
649 Condamnation du monothélisme
653 Martin Ier est fait prisonnier par l’empereur
670 Conquête du Maghreb par les Arabes
674-678 Les Arabes assiègent Constantinople
Vers 680 Naissance de saint Boniface
680-681 Le 6e Concile œcuménique de Constantinople condamne le monothélisme
691-692 Concile dit «in Trullo»
 

Commentaires  

 
0 #3 Point de situation au début du siècleFONT Antoine 08-05-2017 20:25
Bonjour.
Auriez-vous l'amabilité de faire un petit point de situation des différentes églises d'Orient au tout début du VII° siècle?
J'ai bien compris (en gros) qu'après Nicée-Constantinople les Ariens se sont séparés. Qu'après Ephèse ce sont les Nestoriens , l'église apostolique assyrienne de l'Orient et l'église syrienne chaldéenne. Qu'après Chalcédoine ce sont les monophysites: E syriaque orthodoxe, E syro-malankare orthodoxe, E copte orthodoxe et E apostolique arménienne... Il me manque ce point de situation à l'aube du VII siècle... Merci beaucoup pour l'aide que vous m'apporterez. Cordialement
Antoine font
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0 #2 RE: Le 7e siècleKOEN 29-10-2016 14:41
il serait préférable dans cet article et les autres de remplacer "Arabes" par "Musulmans". Tous les arabes n'étaient pas musulmans et tous n'ont pas participer aux conquêtes musulmanes
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0 #1 infidèlesHOUFANI 05-11-2015 23:16
Pourquoi les musulmans étaient ils appelés " les infidèles"
alors qu'ils croyaient, au contraire des juifs, bien sûr en un Dieu unique, mais surtout en Jesus et Marie ?
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