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L'ÉTERNEL MIRACLE DE LA BIBLE

Traduite en 2 212 langues ou dialectes, elle reste un succès indétrônable. Des tirages luxe aux versions low cost

Miracle ou exorcisme? Le commerce de la Bible ne connaît pas la crise. Bon an, mal an, les ventes s'élèvent à quelque 30 millions d'exemplaires dans le monde, dont environ 300 000 en France. Comme si la tempête économique n'avait pas de prise sur la parole de Dieu ...

Traduit en 2 212 langues ou dialectes, The Book, comme on dit aux Etats- Unis, est essentiellement boosté par le marché nord-américain: à lui seul, ce pays en absorbe 25 millions par an. Seule autorité doctrinale reconnue par les protestants, The Book est le livre de chevet de tout bon évangéliste, chaque foyer - sans parler des hôtels - pouvant disposer de trois, voire quatre exemplaires. Pour maintenir cette ardeur, les éditeurs anglosaxons rivalisent d'imagination, en multipliant les traductions (pas moins de 900 en anglais) et les versions pour cow-boys, barmen, fiancés ... En cherchant bien, on trouve aussi des bibles « camouflage pour zones de guerre» ou des waterproof

Rien de tel encore en France, pays catholique qui a découvert sur le tard les vertus de la lecture individuelle. Les chiffres le prouvent: près de 60 %des Français n'en possèdent pas. Cela n'empêche pas les rivalités et les polémiques entre éditeurs, chaque nouvelle traduction enflammant les exégètes, tandis qu'aucune injonction de l'épiscopat ne favorise telle ou telle édition. Seuls les textes liturgiques font en effet l'objet d'une traduction officielle et, par la même occasion, d'une ponction de 5 % de droits.

Sur ce marché étonnamment stable - « attisé par la curiosité culturelle de nouvelles populations )),selon l'essayiste Frédéric Lenoir ce sont les éditions du Cerf, avec la Bible de Jérusalem (également publiée par Marne), datant de 1955, qui tiennent le haut du pavé. Elles totalisent plus du tiers des ventes, grâce, notamment, à diverses versions, du poche à la couverture cuir, dont les prix vont de 13 à 89 euros. Viennent ensuite la Traduction oecuménique de la Bible (TOB), éditée par la Société biblique française (SLB) avec le Cerf depuis 1975, la Bible en français courant (SLB), la Bible de la Pléiade (Gallimard), l' incroyable Bible Chouraqui (DDB)en 26 volumes, la « démocratique » Bible des peuples chez Fayard, la très littéraire nouvelle traduction, ou Bible Bayard, dirigée par Frédéric Boyer, qui après avoir bouleversé le marché lors de sa sortie en 2001, connaît dorénavant une tranquille vitesse de croisière ...

Mais le véritable coup de tonnerre dans le ciel biblique français est venu de Suisse en 2007, avec la Bible (version Segond 21) à 1,50 euro de la Société biblique de Genève, d'obédience uniquement évangélique. Editée « à l'économie », sans commentaires ni appareil critique, au grand dam de nombreux auteurs, cette Bible low cost continue de se vendre en masse: l'éditeur affirme en avoir écoulé 160000 exemplaires en 2008. Elle a du succès aussi bien dans les hypermarchés que dans les librairies traditionnelles, à l'instar de la Procure (paris), comme le reconnaît, fort marri, JeanFrançois Rod, son PDG, pour lequel « il ne peut y avoir de véritable Bible sans notes ».

Enfin, il y a les Bibles à 0 centime, comme celles que reçurent, cadeaux tombés du ciel, un matin de décembre 2004, 500 000 diocésains lyonnais à l'initiative de leur archevêque, Philippe Barbarin. Ironie de l'Histoire: c'est à Nankin, en Chine communiste, qu'il avait fait imprimer les saintes Ecritures. Cette même Chine où leur diffusion est strictement réglementée et où l'on a, pendant des lustres, acheminé clandestinement des millions de Bibles .

Marianne Payot

Source: L'Express du 25.12.08, hebdomadaire français
 
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